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Je ne suis pas né à Montréal, mais j'y venais aussi souvent que possible, dès que j'ai eu l'âge de conduire. Lorsque vint le temps d'étudier au collégial, j'étais incroyablement excité d'arriver dans la grande ville et de devenir officiellement montréalais à 18 ans. Je me suis installé directement en face du CEGEP Ahuntsic, littérallement, nul besoin de mettre mon manteau et mes bottes en hiver; quelques enjambées suffisaient pour me retrouver près de l'entrée principale.

Pendant les 30 années qui suivirent, j'ai habité une dizaine de quartiers, au gré des coups de coeur. J'ai demeuré à Côte-des-Neiges au moment où je fréquentais les HEC et l'Université de Montréal, et où je suis tombé profondément en amour avec les phos (soupes tonkinoises). J'ai ensuite habité sur le Plateau quand ce n'était pas encore tendance, de l'autre côté de la rue du Parc lafontaine. L'été, il y avait des concerts en plein air au Théâtre de Verdure, des concours de châteaux de sable, du patin l'hiver sur le bassin et je pouvais aller en rollerblade au supermarché, coin Mont-Royal et Boyer à 11 heures du soir, m'acheter deux litres de lait et un paquet de biscuits Oreo.

J'ai aussi habité Notre-Dame-de Grâce où j'ai pu améliorer mon anglais, Outremont à essayer d'éviter les trottinettes, Villeray à deux pas du Marché Jean-Talon, Rosemont tout près du parc Molson et du cinéma Beaubien, encore le Plateau, puis Ville Mont-Royal.

J'avais des amis des banlieues qui me rendaient visite, et ils savaient que s'ils venaient à Montréal, on allait marcher et laisser la voiture de côté. Il y avait tant à voir, le Vieux-Montréal, Verdun, Pointe Saint-Charles, Ville Émard, Hochelaga (avant que ça devienne HoMa), Westmount, Saint-Henri, le Mont-Royal, les Îles Sainte-Hélène et Notre-Dame et j'en passe.

On allait aussi souvent que possible chez Orange Julep, la Binerie Mont-Royal, chez Jano's, le Cari Golden, chez Lux ouvert 24 heures, Wilensky, la Banquise, Paul Patates, le Green Spot, le Montreal Pool Room, le café Santropl, Fairmount Bagel, Schwartz's bien sûr, mais aussi Le Chalet Bar-B-Q, L'Anecdote, l'Express, le Café Cherrier, Beauty's, chez Kilos, Doval, Laurier BBQ, la Petite Ardoise, La Hacienda, La Moulerie, aux Trois Marie, Pizzeria Napoletana, chez Magnan, Casa Tapas, Mikado, Chao Phraya, Kam Shing, Fung Shing et Pho Lien. Et pour le meilleur sous-marin, un détour par Ville Lasalle s'imposait pour aller chez Manzo.

 

Quand on voulait se gâter plus sérieusement, c'était le Ferreira Café, Leméac, Milos, Jun I et La Mer. Montréal a toujours été une place de "foodies".

 

Les cinémas aussi abondaient, il y avait le Palace, l'Imperial, l'Empress, le Rialto, le Parisien, le théâtre Outremont, le cinéma de Paris et j'ai même connu le York. Au cinéma Loews, où je me retrouvais le plus souvent, le type qui vérifiait nos billets était aussi vieux que la salle de cinéma elle-même, et avec son accent anglophone, il répétait toujours la même chose en déchirant nos tickets: "Bonne cinéma".

Puis en 2009, après avoir rencontré ma conjointe en Inde, je suis partie vivre en Afrique du Sud, à Johannesburg puis à Cape Town et éventuellement Londres et Singapour. Sept ans sans jamais remettre les pieds à Montréal...

Quand je suis revenu en décembre 2017, j'ai été bouleversé devant tant de changements, je me sentais aussi étranger que lorsque je suis débarqué à Singapour le premier jour. Je devais me réapproprier ma ville, l'apprivoiser quartier par quartier. Griffintown n'était plus un vague projet, c'était devenu réalité, avec ses innombrables tours à condos et ses nouveaux restaurants branchés. Le "vrai" Chinatown s'est déplacé à l'ouest de l'Université Concordia, HoMa tente par tous les moyens de se gentrifier et le Mile-Ex est devenu l'endroit le plus recherché où vivre à Montréal.

Depuis mon retour, les restaurants coréens bas de gamme ont envahi la rue Sainte-Catherine Ouest, les pokés sont maintenant partout, les restos-ramen se sont multipliés et les Bánh mì aussi, la Bottega a remplacé la pizzeria Napoletana dans le coeur des gens, la boulangerie Hof Kelsten et Guillaume ont révolutionné la manière de faire, et de façon extraordinaire!

Je n'ai jamais senti la ville aussi effervescente, partout on construit, il y a de nouveaux wagons de métro, un pont qui s'apprête à remplacer son homonyme, la ville est plus propre qu'elle ne l'a jamais été, l'hôtel de ville s'est refait une beauté, on a maintenant deux rutilants super-hôpitaux, des ruelles vertes, des food-trucks, le Quartier des Spectacles, le parc Émilie-Gamelin retapé, la reconstruction de l'échangeur Turcot, bref, l'absence totale d'initiatives qui a caractérisé l'hôtel de ville pendant l'administration Bourque et Tremblay a été suvi d'un déferlement de projets remarquables, et plus que jamais, la ville est spectaculaire, invitante, conviviale et bouillonnante.

Ces changements importants, bien que tangibles, n'ont peut-être pas été perçus de la même façon par les montréalais qui n'ont pas quitté la ville, mais pour quelqu'un qui y revient après presque huit ans d'absence, c'est une toute autre ville - enfin presque...

J'ai toujours été fier d'être Montréalais, un peu moins quand la ville était sale, que la collecte des déchets n'était même pas assurée et que ses rues évoquaient davantage celles de Beirut. Mais aujourd'hui, je passe tout mon temps libre à redécouvrir tous ses endroits cachés, chacune des stations de métro, chaque église (lorsqu'elles sont accessibles...), chaque murale, et je me trouve privilégié de pouvoir vivre dans une ville qui a du caractère, une histoire, des lieux d'intérêt, quelques musées et une certaine qualité de vie.

Montréal, ce n'est pas Londres, Paris, New York, Vienne ou Tokyo. On ne se racontera pas d'histoire. Mais c'est sûrement un endroit où on peut facilement avoir le sentiment d'appartenance, où il y a un certain équilibre entre la densité urbaine et l'espace, où les gens sont généralement très sympathiques, pas compliqués, avec des nouveaux arrivants qui comprennent et adoptent assez vite notre façon de vivre. C'est une ville qui me plaît. Montréal, c'est ma ville, et plus que jamais.

J'ai donc débuté une série sur les icônes de Montréal que j'entends poursuivre au fil des saisons. Je me suis d'abord intéressé aux incontournables, ceux qui à eux seuls caractérisent la ville, mais en tentant de les photographier sous un nouveau jour, un nouvel angle, une nouvelle lumière. J'ai notamment dédié une série à l'enseigne de Farine Five Roses, puisque la rumeur qu'elle pourrait être démantelée sous peu persiste.

Je compte ensuite sortir des sentiers battus et capturer des endroits plus méconnus, qui malgré leur anonymat, offrent un charme, une curiosité, une singularité. 

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